Journée internationale des professeurs de français : entretien avec Vidu, illustrateur français

Entretien avec Vidu, illustrateur français et animateur d’une série d’ateliers sur la BD numérique à Amsterdam le 26 novembre 2021.

Illustrateur français récompensé au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2017, Vidu est l’animateur d’une série d’ateliers sur la bande dessinée numérique le 26 novembre 2021 à la bibliothèque publique centrale d’Amsterdam (OBA), dans le cadre de la Journée internationale des professeurs de français.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours professionnel ?

« Je m’appelle Victor Dulon et je suis créateur d’univers numérique. Je travaille principalement dans les domaines de la bande dessinée numérique, du jeu vidéo, du jeu de société et de l’illustration. J’ai commencé dans le milieu par des études de cinéma d’animation avant de me lancer à plein temps dans la BD numérique suite au prix que j’ai gagné au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême en 2017. Ce parcours m’a amené à créer des bandes dessinées participatives où les lecteurs et les lectrices choisissaient la suite à donner au récit après chaque épisode de la série. C’est ainsi qu’est né Elya Police Investigation, puis La Bande Décimée et enfin L’Essaim. Durant cette période, j’ai commencé à travailler pour Marvel sur leurs motion comics, une sorte de mélange entre cinéma d’animation et bande dessinée. Depuis, mes créations m’ont amené du côté du jeu de société (Almadi, Aquarena, etc.), du spectacle vivant (la Traversée, avec Camille Quinton) et du jeu vidéo (Reviens moi avant l’hiver, de Blue Canvas Media). Je suis désormais un créateur heureux et épanoui, tellement fier de pouvoir naviguer entre tous ces médias riches, différents et complémentaires, en toute liberté. »

Pour quelles raisons avez-vous décidé de passer de l’animation et du dessin classique à la bande dessinée numérique ?

« J’ai toujours voulu raconter mes histoires, indépendamment d’un format précis. Je voulais créer, raconter, faire vivre. Or, dans le cinéma d’animation, pour faire la moindre minute de film, il est nécessaire d’avoir toute une équipe, beaucoup d’argent et de gens qui croient en toi. À mes débuts, je n’avais aucune de ces trois choses donc j’ai cherché un autre moyen de raconter mes histoires. Et c’est à cette époque que je suis tombé sur les turbomédias de Balak. Ça a été une vraie révélation. C’était un médium que je pouvais réaliser de A à Z tout seul et où la réussite de l’entreprise de création n’était pas dépendant d’autre chose que de ma seule volonté. Qui plus est, c’était un médium nouveau où tout restait à inventer. J’ai donc commencé à faire des BD en parallèle de mon travail dans le cinéma et très vite, le prix d’Angoulême est venu récompenser mon travail. C’était le signe que j’attendais, alors j’ai quitté le monde de l’animation et j’ai sauté dans celui de la BD numérique. »

Quels avantages pourraient présenter la BD numérique par rapport à la BD traditionnelle pour un auteur et les lecteurs ?

« Il y en a pas mal ! Le premier d’entre eux, qui est le plus important selon moi, c’est l’absence d’intermédiaire entre le lecteur et le créateur. Dans un circuit d’édition classique, on a un éditeur, un imprimeur, un distributeur, un libraire, etc. Ce n’est pas mal en soit, et j’adore nos amis libraires, mais cette absence d’intermédiaire permet à l’auteur d’être en contact direct avec son lectorat et donc de proposer des temps de publication plus courts et des interactions possibles avec le public. Après, dans les avantages plus secondaires, on a la possibilité de mettre de la musique, des choix multiples, des animations, des interactions, etc. »

Votre oeuvre L’immeuble a été publiée sur la plateforme turbointeractive, qui rassemble de nombreuses oeuvres de turbomédia. Qu’est-ce que le turbomédia et quelle est son origine ?

« Le Turbomédia est un format qui est apparu en France sous l’impulsion de Balak, un grand storyboarder et auteur de BD, qui l’a présenté pour la première fois sur le forum Catsuka. Il s’agit d’un format qui présente une case, avec une flèche vers la droite et une flèche vers la gauche. Quand on clique sur une flèche, un élément apparait, s’anime ou disparait. C’était, pour moi, le format de BD numérique le plus innovant à l’époque, parce qu’on se séparait totalement des considérations classiques de création de bande dessinée. Ça ouvrait tout un nouveau monde à explorer. »

Ce parcours m’a amené à créer des bandes dessinées participatives où les lecteurs et les lectrices choisissaient la suite à donner au récit après chaque épisode de la série.

La BD numérique s’est beaucoup développée depuis ces dernières années, notamment en France. Toutefois, la majorité des lecteurs préfèrent le format papier. Comment convaincre ce public de s’intéresser à la BD numérique ?

« Pour moi, il s’agit uniquement d’une question de communication. Pendant des années, le domaine de la bande dessinée numérique a manqué d’un acteur vraiment volontaire et possédant une grande force de frappe économique pour dire aux gens : « Regardez ce qui existe, c’est chouette, non ? ». Parce que dans les faits, quand je mets dans les mains des lecteurs (que je rencontre en festival par exemple) une BD numérique, dans presque 100 % des cas, c’est un « Waow ». On a beaucoup œuvré pour essayer de faire en sorte que les éditeurs francophones utilisent de leur pouvoir pour promouvoir la BD numérique, mais ils ont été extrêmement réticents à sortir de leurs carcans papier, et quand ils l’ont fait, ça a été en important leur modèle économique daté et inadapté à internet. De fait, quand des entreprises coréennes comme Webtoon Line sont arrivées en France avec une proposition forte et une vraie intention de communication et de diffusion, ils ont totalement raflé la mise. On voit maintenant que de plus en plus de membres de la nouvelle génération de lecteurs lisent du Webtoon et que cette pratique est totalement entrée dans leur consommation quotidienne de contenus culturels. Et je m’en réjouis ! Vive le Webtoon . »


À propos

La Journée internationale des professeurs de français rassemble les enseignants de français et aussi ceux qui enseignent en français dans les formations bilingues, partout dans le monde. Déployée aux Pays-Bas par l’Institut français des Pays-Bas, elle vise à valoriser le métier d’enseignant de français par des activités et des évènements.

Biographie

Vidu (Victor Dulon) est spécialiste en bande dessinée numérique. En 2017, Vidu a obtenu le 1er Prix au Festival international de la bande dessinée d’Angoulême de la meilleure BD numérique grâce à son œuvre L’immeuble. En parallèle, Vidu a également travaillé sur des films d’animation (le prochain long métrage de Michel Ocelot) et une série webtoon interactive et sociale intitulée Elya Police Investigation.

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