Diplômé de l’École supérieure d’art et de design de Reims en 2022, Charly Bechaimont est un artiste pluridisciplinaire dont les pratiques performatives, sculpturales ou cinématographiques incluent un rapport d’action immédiat et frontal à l’objet, à l’environnement ou au corps. De l’automutilation à l’agrafeuse au découpage d’une caravane en deux en passant par l’utilisation performative de liquides toxiques : autant de gestes qui inscrivent sa démarche à l’intersection des identités queer, voyageuses et prolétaires, tout en apportant un regard critique sur le rôle politique des corps précaires et dominés au sein de l’espace institutionnel.
Projet de résidence
Au cours de sa résidence à Brutus (1er avril au 30 juin 2025), Charly Bechaimont a approfondi son exploration des matériaux toxiques, qu’il perçoit comme des témoins des inégalités et discriminations sociales. Son attention a porté particulièrement sur les substances utilisées par les industries de Rotterdam. Cette ville, dont l’histoire et la dynamique urbaine tels que les flux migratoires, les transformations culturelles et les matériaux industriels, résonne fortement avec sa démarche artistique.

Entretien avec Charly Bechaimont
Pourquoi avoir choisi de faire une résidence aux Pays-Bas ?
En tant qu’artiste, j’ai toujours trouvé essentiel d’aller voir ce qui se passe ailleurs. Malgré la mondialisation, il existe encore des nuances culturelles fortes, et j’essaie toujours de rester sensible à cela quand je pars en résidence. Ce qui m’a également séduit dans la résidence à Brutus, c’est l’harmonie entre le lieu, la programmation, et surtout la vision qui semble animer cet espace. Il y a une vraie cohérence entre le fond et la forme. Brutus est une friche volontairement non rénovée, un espace brut, vivant, qui pousse le spectateur hors de sa zone de confort. C’est une posture que je partage dans mon propre travail. Par exemple, dans certaines de mes performances, j’invite le public à entrer dans un lieu de manière illégale pour admirer une œuvre. Ce geste, qui interroge la place du spectateur et le cadre des représentations, entre en résonance avec l’esprit de Brutus.
Quels institutions, festivals et artistes t’ont particulièrement marqué durant ta résidence ?
Ce qui m’a particulièrement marqué durant cette résidence, ce sont les rencontres que j’ai pu faire avec différents performeurs et performeuses évoluant hors des circuits traditionnels de l’art contemporain. J’ai été très touché par des trajectoires issues de micro-communautés, comme celles du « ballroom » ou du « voguing » — des groupes souvent marginalisés, parfois rejetés par d’autres sphères sociales. Ici, j’ai eu la chance de rencontrer des personnes qui ont dû fuir leur communauté d’origine et qui tentent de se reconstruire dans un nouvel environnement. Ces échanges ont été essentiels pour moi, car ils résonnent profondément avec mon propre parcours.
Comment ton projet artistique a-t-il évolué au cours de ta résidence ?
Mon projet a évolué au fil des rencontres et du contexte local. Dès le départ, je voulais explorer l’usage de matériaux toxiques ou psychotropes, en lien avec l’environnement du port de Rotterdam — un lieu de flux, de matières et de mouvements. J’ai pu concrétiser cette idée en atelier, en produisant des pièces qui traduisent cette réflexion, tout en laissant une part d’ouverture dans mon travail. Ce qui a vraiment marqué cette évolution, c’est aussi la liberté offerte par la résidence : pouvoir expérimenter sans pression de résultat immédiat est un luxe rare pour un artiste. Cette flexibilité m’a permis de tester, d’ajuster, et de faire émerger un travail à la fois ancré dans le lieu et nourri par les échanges.
Pourquoi as-tu souhaité réaliser une résidence dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL ?
Ce qui m’a tout de suite séduit dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL, c’est la présence active des personnes qui encadrent la résidence. Dès le départ, on m’a proposé des mises en relation concrètes qui ont réellement eu lieu. Ce n’est pas toujours le cas dans d’autres résidences, où l’on peut parfois se sentir livré à soi-même. Ici, j’ai senti une vraie volonté de créer du lien, de favoriser les échanges, ce qui est extrêmement précieux. Je pense d’ailleurs que certaines de ces rencontres vont continuer à exister au-delà de la résidence. Il y a des personnes avec qui je vais garder contact, avec qui des choses pourront peut-être se construire dans le futur. Et c’est aussi ça, pour moi, la réussite d’une résidence : quand elle laisse une trace vivante, humaine, dans le temps.
Partenaires
- Coordonné par : Ambassade de France aux Pays-Bas, Institut français NL, France-Nederland Cultuurfonds
- Crédits photo de couverture : Eva Djen



