Diplômé de l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy en 2021 et de l’École des Hautes Études de Sciences Sociales en 2023, Dylan Altamiranda est un artiste et chercheur d’origine colombienne basé à Paris. Il explore la place du fantastique dans la construction de l’histoire, et plus particulièrement dans l’imaginaire de l’Amérique depuis l’arrivée des Européens. Entre démarche historienne, réflexion théorique et recherche plastique, il appréhende les sources visuelles des archives comme des dessins traduisant contextes historiques et imaginaires textuels. Il considère alors le dessin comme un moyen d’appropriation, de traduction et de réinterprétation des sources d’archives, des histoires et des fictions.
Projet de résidence
Au cours de sa résidence au Netherlands Institute for Advanced Study (NIAS), Dylan a mené un projet de recherche sur les images issues des récits de voyage en Amérique produits aux Pays-Bas à l’époque des « découvertes ». Il a notamment exploré le rôle de la tradition de la gravure et de l’impression aux Pays-Bas dans la formation des imaginaires véhiculés par ces récits à l’aube du projet colonial dans les Amériques. En sortant ces archives des tiroirs par le biais d’une pratique contemporaine, il a analysé ces images par le biais du dessin. À l’aide d’un carnet de voyage, à l’instar des anciens navigateurs, il a décrypté les processus de fabrication des images par les images, et a appréhendé leurs supports, leurs représentations et leurs mouvements. Dylan Altamiranda a porté une attention particulière aux cartes, qui se situent à la croisée des textes, des images et des géographies, et dessinent un palimpseste du réel imaginé, imbriqué dans une certaine conception du monde.
Entretien avec Dylan Altamiranda

Pourquoi avoir choisi de faire une résidence aux Pays-Bas ?
Ma pratique s’ancre dans une relecture critique des archives et des collections européennes. Jusqu’ici, j’ai principalement travaillé en France, avec quelques incursions en Espagne. Progressivement, mes recherches m’ont naturellement mené vers les Pays-Bas, notamment en raison de l’histoire du pays en matière de cartographie et de gravures. C’était ma première fois aux Pays-Bas, et cette résidence a été l’occasion de découvrir à la fois le territoire, la ville d’Amsterdam, et une partie de son histoire visuelle à travers les collections des musées.
Quels institutions, festivals et artistes t’ont particulièrement marqué durant ta résidence ?
J’ai eu l’occasion de me plonger dans des collections fascinantes, comme celle des gravures du Rijksmuseum, ou des cartes du musée maritime à Amsterdam. Ces archives ont nourri ma réflexion tout au long de la résidence. J’ai aussi rencontré plusieurs chercheurs du NIAS, ainsi que des commissaires d’exposition partageant des intérêts proches des miens. Les échanges avec Ugo Petronin [artiste en résidence au NIAS dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL] ont été particulièrement enrichissants : au-delà de nos travaux individuels, nos discussions ont permis de nourrir nos démarches respectives. Ce sont autant les collections que les personnes rencontrées sur place qui ont marqué mon séjour.
Comment ton projet artistique a-t-il évolué au cours de ta résidence ?
Je suis arrivé avec un projet ouvert : retracer les gestes des navigateurs à travers les collections néerlandaises, en me positionnant moi-même comme un explorateur découvrant ces archives pour la première fois. En m’immergeant dans les collections — cartes, imprimés, tableaux — le projet a évolué, nourri par la diversité des archives et des méthodes rencontrées. Cette expérience m’a aussi permis de revisiter mes propres pratiques, en questionnant les liens entre recherche en sciences sociales et création en arts visuels, et en explorant comment une œuvre peut elle-même générer du savoir, plutôt que simplement illustrer une recherche effectuée.
Pourquoi as-tu souhaité réaliser une résidence dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL ?
Le programme du Nouveau Grand Tour NL offrait un cadre idéal pour une recherche exploratoire, grâce à la fois au financement et à la grande autonomie de travail — ce qui est précieux pour des projets comme le mien, encore en construction. L’absence de pression liée à une restitution finale m’a permis de me concentrer sur l’expérimentation, l’inspiration, et le développement de nouvelles idées. J’ai aussi été attiré par le double ancrage de la résidence, entre l’Institut français NL et le NIAS, ce qui a facilité à la fois les rencontres sur place et l’accès à des espaces de recherche stimulants.
Partenaires
- Coordonné par : Ambassade de France aux Pays-Bas, Institut français NL, France-Nederland Cultuurfonds
- Crédits photo de couverture : Vanessa Arias



