
Née à Nouméa et portée par une ascendance javanaise en pays kanak, aujourd’hui installée à Mayotte, Nathalie Muchamad développe une pratique artistique qui interroge les mémoires coloniales, les déplacements contraints et les circulations culturelles entre les océans Indien et Pacifique. Son travail s’inscrit dans une réflexion sensible sur les héritages historiques et les récits collectifs, en mobilisant notamment la mémoire, les images, l’odorat et le goût comme vecteurs d’exploration. Ancrée à Maastricht, sa recherche se concentre notamment sur les empreintes indonésiennes aux Pays-Bas, dans une perspective de décolonisation.
À travers l’usage de denrées alimentaires, l’artiste propose une approche sensorielle des histoires partagées. Sa résidence, d’une durée de onze mois, s’inscrit dans un contexte international au sein duquel elle côtoie un groupe de résident·es composé d’artistes, de designers, d’architectes, d’écrivain·es et de conservateur·ices.

Lors de cette visite, Nathalie Muchamad a présenté les différents espaces de travail de l’académie et évoqué la dynamique collective qui s’est instaurée entre les résident·es. La cuisine y occupe une place centrale : lieu de partage et de transmission, elle favorise les échanges interculturels autour de plats traditionnels issus de contextes variés. Ces moments participent pleinement à la recherche artistique de l’artiste, en faisant émerger des connexions entre les résident·es.

Cette résidence constitue également pour Nathalie Muchamad l’occasion de questionner l’histoire des Pays-Bas, en particulier le genre du stilleven (nature morte), emblématique des Pays-Bas du XVIIe siècle. Elle en propose une relecture critique, en l’envisageant comme un reflet d’un regard colonial sur les ressources naturelles et leur appropriation. Ce travail de recontextualisation s’inscrit dans une démarche plus large de déconstruction des récits dominants.

Le Food Lab de la Jan van Eyck Academie occupe une place déterminante dans sa pratique. C’est dans cet espace d’expérimentation que l’artiste explore les qualités sensorielles des aliments — goût, odeur, texture — en revenant à des formes brutes, souvent marginalisées dans des sociétés marquées par la transformation industrielle. À travers la cuisine, mais aussi par le textile, Nathalie Muchamad engage une démarche introspective qui lui permet de retracer ses origines et de mieux appréhender son histoire personnelle, tout en la reliant à des enjeux collectifs.

À l’issue de cette visite, les équipes de l’Institut français NL remercient chaleureusement le directeur de la Jan van Eyck Academie, Hicham Khalidi, ainsi que son équipe, Nathalie Muchamad, et l’ensemble des artistes rencontré·es, parmi lesquel·les Sophie Boylan, Nisrine Mbarki Ben Ayad et Thomas Flores.
Nathalie Muchamad a également tenu à dédier quelques mots à Jean-François Boclé, artiste français originaire de la Martinique, décédé en mars 2026.
“Il y a dix ans, je rencontrais Jean-François. Nos premières conversations ont commencé en abordant la mémoire des déplacements, de travail forcé, esclavisé, de survivances dans nos territoires. Sa pensée était habitée par une attention aiguë au monde : un engagement, une lecture exigeante de la colonialité, une compréhension de la pensée de Frantz Fanon.
Entre nous, la relation se tenait entre les mots et les silences, entre les images qui surgissent et les sensations qui persistent. Nous habitions ces conversations longues où la pensée circule où les idées se déposent, se déplacent, se transforment.
Penser ensemble était déjà une manière d’agir.
Jean-François, ton enveloppe physique n’est plus, mais ta pensée, ton âme et ton engagement nous habiterons pour toujours.”


À propos
La Villa van Eyck est une résidence artistique proposée par l’Institut français NL et la Jan van Eyck Academie à Maastricht, ouverte à des artistes des territoires ultramarins français qui souhaitent développer un projet de recherche, de création et d’expérimentation.


