Rencontre avec Nathalie Muchamad, artiste en résidence à la Jan van Eyck Academie dans le cadre du programme « Villa Van Eyck »  

Le lundi 20 avril 2026, les équipes de l’Institut français NL se sont rendues à la Jan van Eyck Academie, à Maastricht, pour rencontrer l’artiste Nathalie Muchamad, actuellement en résidence dans le cadre du programme « Villa Van Eyck ». Cette visite a permis de découvrir son travail, en résidence depuis janvier 2026, ainsi que l’environnement de recherche et de création offert par la Jan van Eyck Academie, notamment ses laboratoires, ses départements de recherche et son réseau international d’expert·es.

Photos de la Jan van Eyck Academie à l’occasion de la visite de notre artiste en résidence, Nathalie Muchamad, le 20 avril 2026. © Lina FARIK – Institut français NL 

Née à Nouméa et portée par une ascendance javanaise en pays kanak, aujourd’hui installée à Mayotte, Nathalie Muchamad développe une pratique artistique qui interroge les mémoires coloniales, les déplacements contraints et les circulations culturelles entre les océans Indien et Pacifique. Son travail s’inscrit dans une réflexion sensible sur les héritages historiques et les récits collectifs, en mobilisant notamment la mémoire, les images, l’odorat et le goût comme vecteurs d’exploration. Ancrée à Maastricht, sa recherche se concentre notamment sur les empreintes indonésiennes aux Pays-Bas, dans une perspective de décolonisation. 

À travers l’usage de denrées alimentaires, l’artiste propose une approche sensorielle des histoires partagées. Sa résidence, d’une durée de onze mois, s’inscrit dans un contexte international au sein duquel elle côtoie un groupe de résident·es composé d’artistes, de designers, d’architectes, d’écrivain·es et de conservateur·ices.  

Photos des ingrédients utilisés par Nathalie Muchamad dans sa pratique artistique — notamment le gingembre, le clou de girofle et la noix de muscade — tels que présentés dans son atelier. © Lina FARIK – Institut français NL 

Lors de cette visite, Nathalie Muchamad a présenté les différents espaces de travail de l’académie et évoqué la dynamique collective qui s’est instaurée entre les résident·es. La cuisine y occupe une place centrale : lieu de partage et de transmission, elle favorise les échanges interculturels autour de plats traditionnels issus de contextes variés. Ces moments participent pleinement à la recherche artistique de l’artiste, en faisant émerger des connexions entre les résident·es. 

 Photo du poème « Countermap » de la poète Nisrine Mbarki Ben Ayad, artiste résidence de la Jan van Eyck Academie, publié dans le journal NCR le 9 avril 2026, dont les premiers vers ont été inspirés par des échanges avec Nathalie Muchamad. © Lina FARIK – Institut français NL 

Cette résidence constitue également pour Nathalie Muchamad l’occasion de questionner l’histoire des Pays-Bas, en particulier le genre du stilleven (nature morte), emblématique des Pays-Bas du XVIIe siècle. Elle en propose une relecture critique, en l’envisageant comme un reflet d’un regard colonial sur les ressources naturelles et leur appropriation. Ce travail de recontextualisation s’inscrit dans une démarche plus large de déconstruction des récits dominants. 

Photo de l’atelier de Nathalie Muchamad à la Jan van Eyck Academie, prise le 20 avril 2026, où sont visibles des photographies de sa famille. © Lina FARIK – Institut français NL 

Le Food Lab de la Jan van Eyck Academie occupe une place déterminante dans sa pratique. C’est dans cet espace d’expérimentation que l’artiste explore les qualités sensorielles des aliments — goût, odeur, texture — en revenant à des formes brutes, souvent marginalisées dans des sociétés marquées par la transformation industrielle. À travers la cuisine, mais aussi par le textile, Nathalie Muchamad engage une démarche introspective qui lui permet de retracer ses origines et de mieux appréhender son histoire personnelle, tout en la reliant à des enjeux collectifs. 

Portrait de Nathalie Muchamad dans son atelier à la Jan van Eyck Academie, entourée des différentes sources d’inspiration de sa pratique artistique — feuilles de pandan, orchidées, clous de girofle… © Lina FARIK – Institut français NL 

À l’issue de cette visite, les équipes de l’Institut français NL remercient chaleureusement le directeur de la Jan van Eyck Academie, Hicham Khalidi, ainsi que son équipe, Nathalie Muchamad, et l’ensemble des artistes rencontré·es, parmi lesquel·les Sophie Boylan, Nisrine Mbarki Ben Ayad et Thomas Flores. 

Nathalie Muchamad a également tenu à dédier quelques mots à Jean-François Boclé, artiste français originaire de la Martinique, décédé en mars 2026.  

“Il y a dix ans, je rencontrais Jean-François. Nos premières conversations ont commencé en abordant la mémoire des déplacements, de travail forcé, esclavisé, de survivances dans nos territoires. Sa pensée était habitée par une attention aiguë au monde : un engagement, une lecture exigeante de la colonialité, une compréhension de la pensée de Frantz Fanon. 

Entre nous, la relation se tenait entre les mots et les silences, entre les images qui surgissent et les sensations qui persistent. Nous habitions ces conversations longues où la pensée circule où les idées se déposent, se déplacent, se transforment. 

Penser ensemble était déjà une manière d’agir. 

Jean-François, ton enveloppe physique n’est plus, mais ta pensée, ton âme et ton engagement nous habiterons pour toujours.”  

Photo 1 : Jean-François Boclé et Nathalie Muchamad. Photo 2 : Jean-François Boclé. © Nathalie Muchamad 
Jean-François Boclé à Mayotte, 2021. © Nathalie Muchamad 

À propos

La Villa van Eyck est une résidence artistique proposée par l’Institut français NL et la Jan van Eyck Academie à Maastricht, ouverte à des artistes des territoires ultramarins français qui souhaitent développer un projet de recherche, de création et d’expérimentation. 

Partenaires

  • Co-organisé par : Institut français NL ; Jan van Eyck Academie