Entretien — Raphaëlle Von Knebel, en résidence au Nieuwe Instituut dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL 2026 

Designer née à Saint-Pierre, à l’île de la Réunion, Raphaëlle Von Knebel développe une pratique à la croisée de l’installation, du son et de la poésie explorant les relations entre insularité, climat et mémoire. En résidence au Nieuwe Instituut dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL, elle y développe « Offshore Signals, Feeding the Sun» un projet qui s’appuie sur des données climatiques et des variations de lumière pour créer des installations sensibles, reliant Rotterdam à son île natale à travers une lecture poétique et créole des phénomènes atmosphériques.

Qu’est-ce qui a motivé votre candidature au programme du Nouveau Grand Tour NL, et en particulier à cette résidence au Nieuwe Instituut ? Quelles sont vos attentes de cette immersion aux Pays-Bas ? 

J’ai obtenu mon master à la Design Academy Eindhoven, et les Pays-Bas font partie des territoires qui ont vraiment marqué ma pratique artistique. Lors de la Dutch Design Week, j’ai présenté Voices of the Island, un projet qui relie les mémoires de l’île de la Réunion au continent.  

Dutch Design Week 2023, Eindhoven (Pays-Bas), autour du projet Voices of the Island
© Raphaëlle Von Knebel 

« Voices of the Island » explore l’identité créole de l’île de La Réunion, une identité hybride, en mouvement constant. À travers des rituels quotidiens, des récits et des souvenirs familiaux, Raphaëlle Von Knebel retrace les mémoires et sensations d’un environnement lointain.


Cette installation interactive s’appuie sur des données météorologiques et des mythes créoles pour maintenir le lien avec l’île. La voix de sa grand-mère se mêle à celle des spectateur·ices, modifiant les lumières et l’espace, avec la même logique imprévisible qu’un ciel tropical. 

Le Nouveau Grand Tour NL me permet de continuer à développer mes recherches entre les Pays-Bas et l’océan Indien, et de comprendre davantage les liens historiques qui les relient. Le -1 Digital Lab m’attire aussi pour son caractère hybride : un espace expérimental et ouvert, qui invite d’autres voix et valorise le « work in progress ». L’accès aux archives du Nieuwe Instituut et à ses différents espaces, ainsi que l’idée d’une pratique collective au sein d’un groupe de résident·es m’intéresse également. 

Raphaëlle Von Knebel consultant les archives disponibles au Nieuwe Instituut, le 29 avril 2026 à Rotterdam. 
© Isabelle REUSER – Institut français NL 

Après plusieurs semaines de résidence, votre projet de recherche et de création a-t-il évolué ? 

Mon projet « Offshore Signals, Feeding the Sun » s’ancre dans les données climatiques de luminosité entre Rotterdam et l’île de La Réunion pour constituer ma propre archive du soleil, évolutive : traversée par un prisme créole. En parallèle de ces données, j’étudie des extraits d’autrices des Caraïbes et de l’océan Indien et leur description du soleil : Ananda Devi, Jacqueline Manicom, Shenaz Patel, Rosemay Nivard.  

Le projet évolue aussi au fil des rencontres. À travers des « Conversations about the sun », je souhaite inviter des artistes, chercheur·euses et scientifiques à partager leurs connaissances, expériences et souvenirs autour de cet astre à la fois politique et cosmique. Ce qui m’intéresse, c’est son aspect polymorphe, c’est-à-dire la manière dont cette perception se métamorphose selon les sensibilités, les géographies et les récits. 

Série d’entretiens menés par Raphaëlle Von Knebel au Nieuwe Instituut à Rotterdam, mai 2026, dans le cadre de son projet ‘Conversations about the Sun’. © Raphaelle Von Knebel 

En quoi le déplacement et l’immersion aux Pays-Bas nourrissent-ils votre recherche artistique et votre rapport à l’île de la Réunion ?  

Cette immersion me permet de comparer deux espaces et deux temporalités différentes. Rotterdam et Saint-Pierre (La Réunion) partagent une proximité différente avec l’eau. L’une est tropicale et insulaire, l’autre portuaire, urbaine et continentale. Les contrastes de lumière, de saisons, de température, d’horizon nourrissent mon travail. 

S’éloigner de l’île permet, d’une certaine façon, d’en former une image plus nette : constituer une figure de réconciliation de réparation à distance. Le poète réunionnais Jean Albany parle de cette nécessité de recréer un monde à travers l’immersion dans nos souvenirs, rendue possible depuis un espace différent. La lumière devient alors ce territoire dont parle Shenaz Patel, un espace de dialogue. 

J’ai tant pensé à cette île quand je l’ai quittée. La nostalgie aboutit au poème, on fait un effort, on recrée un monde. À partir du moment où j’ai décidé de reconstruire ce monde, il m’a fallu amasser morceau par morceau, faire un « tapis » de souvenirs et de rêves.

– GILI, Alain, Entretiens avec Jean Albany en 1975, ADER, 1994.

Quels lieux, artistes ou professionnel·les aux Pays-Bas nourrissent votre réflexion aujourd’hui, et avec qui souhaiteriez-vous engager des échanges au cours de cette résidence ?  

Thomas Tawanda Orbon, Responsable de production d’exposition au Nieuwe Instituut, Cathy Brickwood, Responsable de programme, Raphaëlle Von Knebel, artiste résidente, Marion Claudel, attachée culturelle de l’Institut français NL et Eva Monier, attachée culturelle adjointe de l’Institut français NL, le 29 avril 2026 au Nieuwe Instituut.  
© Isabelle Reuser – Institut français NL 

Dans le cadre de cette résidence, la série d’entretiens « Conversations about the Sun » constitue un axe central de ma recherche. Menée au sein du -1 Digital Lab du Nieuwe Instituut,  elle explore les relations personnelles, professionnelles et sensibles que des artistes, chercheur·ses et scientifiques entretiennent avec le soleil, envisagé comme phénomène climatique, culturel et sensoriel. 

À ce jour, plusieurs rencontres nourrissent particulièrement ma réflexion :

  • Pragya Jain, chercheuse transdisciplinaire dont le travail articule données astronomiques, sonification et exploration sensorielle. Elle collabore notamment avec The European Space Agency sur des installations audiovisuelles basées sur les données de la mission Gaia. 
  • Alexandra Martens Serrano, artiste et chercheuse basée à Amsterdam, dont la pratique traverse les systèmes de savoirs alternatifs, les identités liminales et les expériences multiculturelles entre l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe. 
  • Nathalie Muchamad, artiste plasticienne et vidéaste française vivant à Mayotte, dont le travail explore les questions de mémoire, d’archives et de construction identitaire à partir de son histoire familiale entre héritages javanais et contexte kanak. 
  • Prof. Herman Russchenberg, climatologue à TU Delft et directeur du TU Delft Climate Institute, spécialiste des interactions entre nuages, aérosols et changement climatique, dont les recherches nourrissent la dimension scientifique de mon projet autour du global dimming. 

Ces échanges me permettent de croiser des perspectives issues des arts, des sciences du climat, de l’astronomie et des approches sensibles de l’environnement. Au cours de cette résidence, je souhaite encore poursuivre ce dialogue avec d’autres artistes, chercheur·ses et scientifiques aux Pays-Bas travaillant à l’intersection de l’écologie, des technologies, des sciences de l’Univers et des pratiques artistiques contemporaines. 

Photos de l’exposition « Stillness in the storm » avec les oeuvres de Arcangelo Sassolino (Everyday Life, 2025) Massimo Bartolini (Conveyance, 2024), Leandro Erlich (Swimming Pool, 2016) au musée Voorlinden, à Wassenaar (Pays-Bas), visitée par Raphaëlle Von Knebel le 7 juin 2026 © Raphaelle Von Knebel 
Steve Mc Queen, Sunshine State, 2022, Collection De Pont Museum, Tillburg .  
© Raphaelle Von Knebel  

L’œuvre Sunshine State de Steve Mc Queen (2022) fait référence à l’histoire de son père, qui a quitté l’île caribéenne de la Grenade pour la Floride dans les années 1950 afin de travailler comme ouvrier saisonnier dans la récolte des oranges. 

Actualités de l’artiste :

  • Suivez l’actualité de l’artiste et du -1 Digital Lab sur la plateforme dédiée aux travaux des artistes en résidence Are.na/minus-one,.  
  • Raphaëlle organise ses “Conversation around the Sun” tout le mois de juin 2026. Pour y participer, contactez l’artiste raphaelle.vk@gmail.com 
  • Raphaëlle présentera son projet de résidence et ses perspectives de recherche lors d’une restitution publique qui se tiendra au Nieuwe Instituut le 23 juin 2026 de 14h à 16h. 
  • Le projet de résidence de Raphaëlle sera également présenté dans le cadre d’une exposition collective des artistes en résidence du -1 Digital Lab organisée par le Nieuwe Instituut le 9 juillet 2026. 

Partenaires

  • Coordonné par: Ambassade de France aux Pays-Bas, Institut français NL, Nieuwe Instituut, -1 Lab