Biographie et projet de résidence

© Raphaëlle Von Knebel
1er avril au 30 juin 2026
Biographie
Raphaëlle Von Knebel (née à Saint-Pierre, île de la Réunion) est une designer qui explore les relations entre insularité, climat et mémoire à travers l’installation, le son et la poésie. Elle a étudié à l’École nationale supérieure d’architecture de Strasbourg (ENSAS), à la Haute école des arts du Rhin (HEAR), à l’Institut Supérieur des Arts et du Design de Toulouse (isdaT) et à la Design Academy Eindhoven. En 2024, elle est lauréate du programme Chemin des Affinités conjointement coordonné par Arts en résidence, Culture Moves Europe ainsi que de la Cité Internationale des Arts à Paris.
Projet de résidence
Au Nieuwe Instituut, Raphaëlle Von Knebel développe Offshore Signals / Feeding the Sun, un projet de recherche centré sur le phénomène de global dimming : la réduction progressive du rayonnement solaire atteignant la surface terrestre sous l’effet des particules atmosphériques.
À partir de données d’ensoleillement collectées en temps réel à Rotterdam et à La Réunion, elle constitue une archive personnelle du soleil, filtrée par le prisme d’une mémoire créole et insulaire.
Ce projet prend la forme d’un Solar Feed, une interface qui se nourrit de textes d’auteur·ices de l’océan Indien et des Caraïbes, puis des voix du public, pour faire croître un soleil numérique. Sans récits, il s’éteint. En parallèle, elle mène une série de rencontres lors des Conversations about the Sun au -1 Digital Lab, invitant artistes, chercheur·euses et scientifiques à partager leur relation au soleil ; une forme collective de maintenance de l’astre.
Qu’est-ce qui a motivé votre candidature au programme du Nouveau Grand Tour NL, et en particulier à cette résidence au Nieuwe Instituut ? Quelles sont vos attentes de cette immersion aux Pays-Bas ?
J’ai obtenu mon master à la Design Academy Eindhoven, et les Pays-Bas font partie des territoires qui ont vraiment marqué ma pratique artistique. Lors de la Dutch Design Week, j’ai présenté Voices of the Island, un projet qui relie les mémoires de l’île de la Réunion au continent.

© Raphaëlle Von Knebel
« Voices of the Island » explore l’identité créole de l’île de La Réunion, une identité hybride, en mouvement constant. À travers des rituels quotidiens, des récits et des souvenirs familiaux, Raphaëlle Von Knebel retrace les mémoires et sensations d’un environnement lointain.
Cette installation interactive s’appuie sur des données météorologiques et des mythes créoles pour maintenir le lien avec l’île. La voix de sa grand-mère se mêle à celle des spectateur·ices, modifiant les lumières et l’espace, avec la même logique imprévisible qu’un ciel tropical.
Le Nouveau Grand Tour NL me permet de continuer à développer mes recherches entre les Pays-Bas et l’océan Indien, et de comprendre davantage les liens historiques qui les relient. Le -1 Digital Lab m’attire aussi pour son caractère hybride : un espace expérimental et ouvert, qui invite d’autres voix et valorise le « work in progress ». L’accès aux archives du Nieuwe Instituut et à ses différents espaces, ainsi que l’idée d’une pratique collective au sein d’un groupe de résident·es m’intéresse également.

© Isabelle REUSER – Institut français NL
Après plusieurs semaines de résidence, votre projet de recherche et de création a-t-il évolué ?
Mon projet « Offshore Signals, Feeding the Sun » s’ancre dans les données climatiques de luminosité entre Rotterdam et l’île de La Réunion pour constituer ma propre archive du soleil, évolutive : traversée par un prisme créole. En parallèle de ces données, j’étudie des extraits d’autrices des Caraïbes et de l’océan Indien et leur description du soleil : Ananda Devi, Jacqueline Manicom, Shenaz Patel, Rosemay Nivard.
Le projet évolue aussi au fil des rencontres. À travers des « Conversations about the sun », je souhaite inviter des artistes, chercheur·euses et scientifiques à partager leurs connaissances, expériences et souvenirs autour de cet astre à la fois politique et cosmique. Ce qui m’intéresse, c’est son aspect polymorphe, c’est-à-dire la manière dont cette perception se métamorphose selon les sensibilités, les géographies et les récits.

En quoi le déplacement et l’immersion aux Pays-Bas nourrissent-ils votre recherche artistique et votre rapport à l’île de la Réunion ?
Cette immersion me permet de comparer deux espaces et deux temporalités différentes. Rotterdam et Saint-Pierre (La Réunion) partagent une proximité différente avec l’eau. L’une est tropicale et insulaire, l’autre portuaire, urbaine et continentale. Les contrastes de lumière, de saisons, de température, d’horizon nourrissent mon travail.
S’éloigner de l’île permet, d’une certaine façon, d’en former une image plus nette : constituer une figure de réconciliation de réparation à distance. Le poète réunionnais Jean Albany parle de cette nécessité de recréer un monde à travers l’immersion dans nos souvenirs, rendue possible depuis un espace différent. La lumière devient alors ce territoire dont parle Shenaz Patel, un espace de dialogue.
J’ai tant pensé à cette île quand je l’ai quittée. La nostalgie aboutit au poème, on fait un effort, on recrée un monde. À partir du moment où j’ai décidé de reconstruire ce monde, il m’a fallu amasser morceau par morceau, faire un « tapis » de souvenirs et de rêves.
– GILI, Alain, Entretiens avec Jean Albany en 1975, ADER, 1994.
Quels lieux, artistes ou professionnel·les aux Pays-Bas nourrissent votre réflexion aujourd’hui, et avec qui souhaiteriez-vous engager des échanges au cours de cette résidence ?

© Isabelle Reuser – Institut français NL
Dans le cadre de cette résidence, la série d’entretiens « Conversations about the Sun » constitue un axe central de ma recherche. Menée au sein du -1 Digital Lab du Nieuwe Instituut, elle explore les relations personnelles, professionnelles et sensibles que des artistes, chercheur·ses et scientifiques entretiennent avec le soleil, envisagé comme phénomène climatique, culturel et sensoriel.
À ce jour, plusieurs rencontres nourrissent particulièrement ma réflexion :
- Pragya Jain, chercheuse transdisciplinaire dont le travail articule données astronomiques, sonification et exploration sensorielle. Elle collabore notamment avec The European Space Agency sur des installations audiovisuelles basées sur les données de la mission Gaia.
- Alexandra Martens Serrano, artiste et chercheuse basée à Amsterdam, dont la pratique traverse les systèmes de savoirs alternatifs, les identités liminales et les expériences multiculturelles entre l’Amérique latine, l’Asie et l’Europe.
- Nathalie Muchamad, artiste plasticienne et vidéaste française vivant à Mayotte, dont le travail explore les questions de mémoire, d’archives et de construction identitaire à partir de son histoire familiale entre héritages javanais et contexte kanak.
- Prof. Herman Russchenberg, climatologue à TU Delft et directeur du TU Delft Climate Institute, spécialiste des interactions entre nuages, aérosols et changement climatique, dont les recherches nourrissent la dimension scientifique de mon projet autour du global dimming.
Ces échanges me permettent de croiser des perspectives issues des arts, des sciences du climat, de l’astronomie et des approches sensibles de l’environnement. Au cours de cette résidence, je souhaite encore poursuivre ce dialogue avec d’autres artistes, chercheur·ses et scientifiques aux Pays-Bas travaillant à l’intersection de l’écologie, des technologies, des sciences de l’Univers et des pratiques artistiques contemporaines.


© Raphaelle Von Knebel
L’œuvre Sunshine State de Steve Mc Queen (2022) fait référence à l’histoire de son père, qui a quitté l’île caribéenne de la Grenade pour la Floride dans les années 1950 afin de travailler comme ouvrier saisonnier dans la récolte des oranges.
Actualités de l’artiste :
- Suivez l’actualité de l’artiste et du -1 Digital Lab sur la plateforme dédiée aux travaux des artistes en résidence Are.na/minus-one,.
- Raphaëlle organise ses “Conversation around the Sun” tout le mois de juin 2026. Pour y participer, contactez l’artiste raphaelle.vk@gmail.com
- Raphaëlle présentera son projet de résidence et ses perspectives de recherche lors d’une restitution publique qui se tiendra au Nieuwe Instituut le 23 juin 2026 de 14h à 16h.
- Le projet de résidence de Raphaëlle sera également présenté dans le cadre d’une exposition collective des artistes en résidence du -1 Digital Lab organisée par le Nieuwe Instituut le 9 juillet 2026.



