Diplômé de l’Institut Supérieur des Arts de Toulouse en 2019, Ryder Morey-Weale vit et travaille à Marseille. Il a participé au programme de recherche et post-diplôme Création et Mondialisation de l’École Offshore à Shanghai entre 2019 et 2020. À travers des installations sculpturales et sonores, Ryder Morey-Weale développe des éco-fictions basées sur des mutations observées au sein d’écosystèmes urbains. Sa pratique artistique vise en effet à mettre en évidence les synergies nouvelles et marginales qui apparaissent dans les environnements perturbés tels que les paysages péri-industriels ou les terrains urbains délaissés.
Projet de résidence
Au cours de sa résidence à Brutus, Ryder Morey-Weale a développé ses recherches et a poursuivi sa pratique en répondant au contexte environnemental de Rotterdam, en approfondissant son exploration des écologies marginales et des alliances inter-espèces. En collectant et en réutilisant les plantes et les sédiments de Rotterdam, Ryder Morey-Weale a examiné les espèces dites invasives en les recadrant comme des agents et des alliés de résilience plutôt que comme des menaces pour la préservation de l’environnement. Il a exploré ainsi la manière dont ces espèces brouillent les frontières entre le naturel et l’artificiel, l’invasif et l’endémique en proposant des écofictions spéculatives remettant en question les récits dominants de contrôle et d’exclusion.
Entretien avec Ryder Morey-Weale

Pourquoi avoir choisi de faire une résidence aux Pays-Bas ?
J’ai choisi de faire une résidence aux Pays-Bas parce que bien que je sois néerlandais et né à Eindhoven, je n’y ai jamais vécu. Ce séjour m’a offert une véritable occasion de m’immerger pleinement dans le pays, de prendre le temps de le découvrir et de commencer à comprendre son écosystème culturel. Je voulais appréhender son fonctionnement, rencontrer d’autres artistes ainsi que diverses structures culturelles et me familiariser avec le milieu artistique local. Ce qui m’a particulièrement attiré, c’est la spécificité de la résidence Brutus. L’opportunité de séjourner en résidence à Brutus dans la ville de Rotterdam m’a paru passionnante. Cette ville portuaire tout comme Marseille présente un intérêt particulier pour mon travail et mes recherches. J’ai souhaité explorer les ressemblances entre ces deux villes ainsi que leurs différences afin de voir en quoi ces contrastes pouvaient nourrir ma pratique et influencer mon travail.
Quels institutions, festivals et artistes t’ont particulièrement marqué durant ta résidence ?
Je pense que ce qui m’a marqué de manière générale, c’est le nombre d’institutions, de programmes artistiques et d’initiatives qui existent dans le pays surtout par rapport à sa taille et à la France. L’envergure de l’offre culturelle aux Pays-Bas, très riche culturellement avec une offre artistique importante, m’a beaucoup impressionné. Je suis récemment allé au vernissage d’un projet appelé reclame (fondé par Lisa Lisa Sudhibhasilp) à Amsterdam. C’est un projet itinérant qui s’associe à chaque fois à un lieu commercial de la ville. Ils invitent des artistes à faire des interventions et des expositions dans différents magasins à chaque édition. C’est très beau de voir que ce type d’initiative, un peu atypique, puisse être soutenu.
À Rotterdam aussi, plusieurs lieux m’ont beaucoup plu comme Brutus qui est impressionnant par sa taille et son cadre. J’ai également beaucoup apprécié l’exposition ANAGRAMMA TICS à A Tale of A Tub ainsi que Shimmer, un autre espace que j’apprécie particulièrement. Par ailleurs, les fondateurs de Shimmer et reclame sont des gens avec qui j’ai déjà pu travailler à l’occasion de SYSTEMA, un projet que j’ai co-fondé et que je co-organise à Marseille. SYSTEMA est un festival qui invite chaque année plusieurs projets non-profit européens auxquels Shimmeravait participé à lors de la troisième édition et reclame lors de la dernière édition en 2025. J’ai trouvé intéressant de voir ces connexions se nouer, puis de pouvoir se rencontrer et se recroiser en personne ici.
Comment ton projet artistique a-t-il évolué au cours de ta résidence ?
Mon projet artistique a évolué de plusieurs manières, car dans ma pratique, il y a toujours une phase de recherche et d’observation qui précède la phase sculpturale.
Afin de m’entraîner à reconnaître les plantes dites « invasives », je les documente habituellement sur mon téléphone afin d’ensuite pourvoir les identifier dans un second temps, en prenant le temps de cerner les histoires de déplacements qui sont liées à chacune d’entre-elles. Lors de ma résidence à Brutus je me suis imposé ce même exercice, mais avec un appareil photo analogique; chaque fin de mois était donc marquée par le développement des photos réalisées. Ce processus de documentation analogique m’a forcé à apporter plus de soin à cette archive, qui à obtenu une certaine physicalité. Cela m’a aussi donné l’envie de poursuivre la réalisation d’une édition imprimée afin de donner forme à cette phase de mon travail qui pour l’instant reste plutôt invisible.
Concernant la phase sculpturale, j’ai développé certaines choses en continuité avec des séries de travaux que j’avais déjà commencées à Marseille, tandis que d’autres ont été lancées ici. J’ai une série de sculptures souvent posées au sol qui utilisent des plantes invasives et des sédiments que je trouve autour de mon atelier. A Rotterdam, j’ai plutôt développé une forme de base plus rigoureuse : ce sont des formes rectangulaires inspirées de test-pits, une technique de prélèvement utilisée en archéologie et en biologie. Cette forme plus géométrique et plus rigoureuse permet de souligner plus clairement l’idée d’une d’extraction, d’un déplacement de quelque chose venant de l’extérieur vers l’atelier. Ce déclic est survenu pendant la résidence, et je pense qu’il influencera beaucoup les sculptures à venir.
Pourquoi as-tu souhaité réaliser une résidence dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL ?
J’ai souhaité réaliser une résidence dans le cadre du Nouveau Grand Tour NL pour plusieurs raisons : découvrir les similitudes et différences entre Marseille et Rotterdam et pour rencontrer l’écosystème artistique néerlandais. C’était une occasion idéale pour m’insérer potentiellement dans ce milieu, pour créer des contacts, et pour rencontrer des structures et d’autres artistes.
Par ailleurs, je voulais continuer mes recherches sur les plantes et leur évolution dans des zones péri-industrielles, qui marquent le paysage de Rotterdam, et tout particulièrement le quartier où Brutus se trouve. Les différences et les similitudes que j’ai pu observer entre Marseille et Brutus ont permis à la fois de poursuivre des pistes déjà engagées, tout en en ouvrant de nouvelles. J’ai aussi poursuivi une recherche par la pratique en testant différentes formes de sculpture pendant les trois mois. J’ai travaillé sur des formats déjà entamés avant la résidence tout en avançant sur une série de travaux engagée, il y a environ deux ans, consacrée à la pollution lumineuse. Cette résidence m’a permis de nourrir ma pratique dans un cadre stimulant avec du temps, de l’espace et un accompagnement propice au développement de mon projet.
Partenaires
- Coordonné par : Ambassade de France aux Pays-Bas, Institut français NL, France-Nederland Cultuurfonds
- Crédits photo de couverture : Raphaël Massart



