« La honte devait changer de camp » : retour sur la venue de Gisèle Pelicot à Amsterdam  

Le 14 avril 2026, Gisèle Pelicot était présente à Amsterdam à l’occasion de la parution de son livre Et la joie de vivre (Flammarion), publié en néerlandais sous le titre Ode aan het leven (Uitgeverij De Geus)

À l’occasion d’une rencontre publique à l’Oude Lutherse Kerk, co-organisée par l’Institut français NL, SPUI25 et les maisons d’édition De Geus, Flammarion ainsi que les librairies Athenaeum et Scheltema, Gisèle Pelicot est venue échanger devant un public de plus de 600 personnes, attentif et engagé autour de son livre Et la joie de vivre, co-écrit avec la journaliste et écrivaine française Judith Perrignon.  

Au cours de cette soirée, Gisèle Pelicot a partagé une parole à la fois intime et profondément engagée, tournée vers la transmission, la justice et la transformation collective des regards sur les violences sexistes et sexuelles. 

« À travers ce livre, je transmets la paix, la force et la résilience »   

Au fil de la rencontre, Gisèle Pelicot est revenue sur des éléments fondateurs de son parcours. Elle a notamment évoqué la perte de sa mère à l’âge de neuf ans et soulignant combien, dans son histoire familiale, trois générations de femmes ont traversé des épreuves majeures tout en trouvant la force de se relever. Cette expérience a façonné ce qu’elle décrit comme une « ligne de conduite » : continuer d’avancer malgré les difficultés, telle une « soldate du bonheur ».

Elle se définit aujourd’hui comme une survivante. Elle rappelle également les dix années d’errance médicale qu’elle a traversées avant que la réalité des violences subies ne soit établie. À travers son livre, elle explique avoir souhaité transmettre « la paix, la force et la résilience » mais aussi permettre à ses proches — en particulier ses enfants et ses petit·es enfants — de mieux comprendre son parcours. Son livre apparait ainsi comme une forme de transmission intergénérationnelle, destinée à ouvrir un espace de dialogue au sein des familles comme dans la société. 

14 avril 2026 — Rencontre avec Gisèle Pelicot à l’Oude Lutherse Kerk (Amsterdam). Crédit photo : Leslie Hondebrink-Hermer – Ambassade de France aux Pays-Bas 

Le 2 novembre 2020 : la connaissance des faits

Gisèle Pelicot est revenue longuement sur le moment où elle découvre les faits dont elle a été victime pendant des années. Elle pensait initialement accompagner son mari après une interpellation pour captation d’images sous les jupes de femmes dans un magasin. L’audition a constitué un basculement décisif : elle y apprend qu’elle avait été droguée et victime de plus de 200 viols répétés pendant de nombreuses années. Elle décrit le temps nécessaire, plus de 6 à 7 heures, pour parvenir à nommer ce qu’elle a subi : des viols. Elle dénonce également les dix années d’errance médicale ayant précédé cette révélation, durant lesquelles les troubles dont elle souffrait n’avaient pas trouvé d’explication. 

Avant de décider de rendre publics les faits et d’aller au procès, elle explique avoir traversé une longue période d’hésitation. Elle souligne que les victimes ressentent fréquemment honte et culpabilité alors même qu’elles n’en portent aucune responsabilité. « La honte doit changer de camp ». Par ces mots, Gisèle Pelicot affirme que la honte ne doit plus peser sur les victimes mais sur les auteurs des violences appelant ainsi à un déplacement nécessaire du regard collectif. Décider d’affronter les photos et vidéos enregistrées a constitué une étape particulièrement éprouvante mais indispensable pour porter ce combat jusqu’au tribunal. Elle insiste enfin sur l’importance de nommer les violences avec précision : Il ne s’agit pas de « scènes de sexe mais de scènes de viol ». 

Badge distribué lors de la rencontre avec Gisèle Pelicot portant le message : « Schaamte moet van kant wisselen » — « La honte doit changer de camp ». Crédit photo : Leslie Hondebrink-Hermer – Ambassade de France aux Pays-Bas.

Un procès devenu celui de toutes les femmes victimes de violences sexuelles

Gisèle Pelicot souligne que ce procès n’a pas été uniquement le sien. Elle évoque la présence quotidienne de nombreuses femmes venues lui témoigner leur soutien ainsi que les très nombreux messages reçus depuis le monde entier. Cette solidarité a constitué, selon ses mots, une source de force essentielle. Elle rappelle également que ce procès a contribué à rendre visibles des violences encore largement méconnues notamment celles liées à la soumission chimique et à susciter une prise de conscience plus large dans la société. Elle insiste enfin sur une idée centrale que la soumission chimique est un outil de domination, de contrôle et de violence.  

Bregje Hofstede, modératrice de la rencontre, aux côtés de Gisèle Pelicot devant un public de plus de 600 personnes. Crédit photo : Leslie Hondebrink-Hermer – Ambassade de France aux Pays-Bas

Elle souligne également l’importance de l’éducation dans la prévention des violences sexistes et sexuelles : l’apprentissage du consentement, dès le plus jeune âge, concerne l’ensemble de la société — familles, institutions scolaires et environnement social. Elle rappelle enfin la nécessité de déculpabiliser les femmes, y compris les conjointes d’auteurs de violences, trop souvent amenées à se sentir responsables d’actes qu’elles n’ont pas commis. 

Gisèle Pelicot, une « éveilleuse »  

Interrogée sur la place qu’elle occupe désormais dans l’espace public, Gisèle Pelicot affirme ne pas se considérer comme une icône ou un symbole mais comme une « éveilleuse » selon l’expression utilisée par l’historienne Michelle Perrot pour la décrire. Elle souligne que de nombreux hommes lui ont exprimé combien sa prise de parole les avait conduits à interroger leurs propres comportements et représentations. Elle insiste également sur l’importance de poursuivre les évolutions engagées depuis le mouvement #MeToo, rappelant que la transformation des regards sur les violences sexistes et sexuelles relève d’une responsabilité collective. 

Elle explique avoir longtemps souhaité protéger ses enfants de sa douleur. La publication du livre a constitué un moment important de partage et de compréhension mutuelle. Aujourd’hui, elle souhaite continuer à soutenir les femmes qui en ressentent le besoin et encourage les victimes à s’entourer — auprès d’associations, de professionnel·les de santé, de proches ou d’institutions — afin de pouvoir parler et ne pas rester seules face aux violences. 

Le 16 avril 2026, Gisèle Pelicot s’est vu décerner le Freedom from Fear Award dans le cadre des Four Freedoms Awards de la Fondation Eleanor et Franklin Roosevelt à Middleburg  pour son engagement en faveur des victimes de viol et de violences sexuelles. Elle a dédié son prix à l’ensemble des personnes confrontées aux violences sexuelles, des victimes à celles et ceux qui les accompagnent, ainsi qu’à celles et ceux qui n’ont pas pu témoigner. Elle a conclu : « Je veux que les victimes sachent qu’elles ont la force de surmonter cela. » La présence de Volodymyr Zelensky, lui-même lauréat de l’une des quatre distinctions, a contribué à renforcer la portée internationale de la cérémonie. 

Gisèle Pelicot tenant le prix « Dolle Mina » décerné par l’association Dolle Mina. À l’annonce de cette distinction, créé spécialement pour Gisèle Pelicot, l’ensemble du public s’est levé pour lui rendre une ovation debout. Crédit photo : Leslie Hondebrink-Hermer – Ambassade de France aux Pays-Bas.

Partenaires