Le 13 mars 2026, à l’Openbare Bibliotheek Amsterdam (Oba), la quatrième édition de La Fabrique de la traduction littéraire « L’écriture inclusive : mode passagère ou révolution linguistique » a abordé l’écriture inclusive non comme un « péril mortel » pour la langue française mais comme un levier de justice sociale et de création collective.
Au cœur de la circulation des idées entre les langues, la traduction littéraire se trouve aujourd’hui confrontée à de nouveaux défis, notamment ceux posés par l’écriture inclusive, l’évolution des usages linguistiques et les attentes accrues en matière de représentation des genres.
L’écriture inclusive reflète de profonds enjeux politiques dans la société française, et soulève des questions concrètes pour les traducteur·ices ainsi que pour les enseignant·es-chercheur·euses -autant de problématiques au centre des échanges.
Au programme
Atelier 1 : Écriture inclusive et traduction littéraire – Canan Marasligil
L’atelier Écriture inclusive et traduction littéraire, conduit par Canan Marasligil, a réuni des étudiant·es de Radboud Universiteit Nijmegen, Universiteit Utrecht, Universiteit Leiden et Universiteit van Amsterdam pour une réflexion approfondie sur les réflexes grammaticaux et les manières de traduire le monde autrement.
En travaillant sur la féminisation, les formes neutres comme iel et les formes non binaires comme étudiant·e·x, les participant·es ont exploré des pistes de traduction rendant visibles les femmes, les minorités de genre et toutes les personnes que le masculin générique tend à effacer.

Table ronde 1 : L’écriture inclusive en français : “péril mortel” pour la langue de Molière ou outil égalitaire d’aujourd’hui ? – Lila Braunschweig, Canan Marasligil et Benjamin Storme.
Modérée par Marion Claudel, attachée culturelle à l’Institut français NL, la première table ronde : L’écriture inclusive en français : “péril mortel” pour la langue de Molière ou outil égalitaire d’aujourd’hui ? réunissant Lila Braunschweig, Canan Marasligil et Benjamin Storme, a mis en lumière la manière dont l’écriture inclusive reconfigure les rapports de genre au sein de la langue française. Comme le rappelle Eliane Viennot : “l’écriture inclusive n’est pas une finalité. Elle constitue un moyen – parmi beaucoup d’autres – pour atteindre un objectif civique, à savoir l’égalité.”
Lors de ces échanges, le public et les intervenant·es ont questionné l’idée d’une langue française figée dans un ordre révolu, où le masculin pluriel l’emporte sur le féminin. Ils et elles se sont attaché·es à des stratégies concrètes : féminisation des titres (“madame la ministre”), les accords de proximité, les formes épicènes et les formes non genrées.

Table ronde 2 : L’écriture inclusive à l’épreuve de la traduction et de l’interprétation : « Hêtre pourpre » de Kim de l’Horizon – David Matheus, Thom Westveer et Barbara Westerveld.
Modérée par Pascale Fila, chargée de mission Livre à l’Institut français NL, la deuxième table ronde, L’écriture inclusive à l’épreuve de la traduction et de l’interprétation : Hêtre pourpre de Kim de l’Horizon, réunissant David Matheus, Thom Westveer et Barbara Westerveld, a porté sur les choix engagés et inclusifs que suppose la traduction d’un·e auteur·ice non binaire.
En confrontant les versions française et néerlandaise de Blutbuch / Hêtre pourpre / Bloedboek, les intervenant·es ont montré comment au sein de cet ouvrage s’entremêle des lieux de réflexion, de négociation et de création.

Performance : La Pérille Mortelle – Typhaine D
En clôture de la journée, Typhaine D a proposé, en visioconférence, la performance La Pérille Mortelle, en Féminine universelle, renversant le masculin générique et plaçant les femmes ainsi que les minorités de genre au centre du récit. Porté par la force du texte et du corps, le langage s’y affirme comme un espace de résistance féministe, de réappropriation et de réparation symbolique.

De la réflexion théorique aux pratiques de terrain, cette quatrième édition de la Fabrique de la traduction littéraire a mis en lumière la richesse des enjeux liés à la traduction. Traduire est avant tout un acte de décision : choisir de nommer, de rendre visible et de ne plus taire.
En faisant dialoguer français et néerlandais, recherche académique, pratiques militantes et expérimentations artistiques, elle a permis de redéfinir nos imaginaires, récits et rapports de genre autour du rôle des traducteur·ices.
Partenaires
- Organisé par : Institut français NL et Platform Frans
- Avec : Bibliothèque municipale d‘Amsterdam (OBA)



