Biographie et projet de résidence

© Luce Roux
1er avril au 30 avril 2026
Biographie
Sous le nom de Toni Caillou, Antoine Le Dreff fabrique des lithophones (percussions accordées en pierre) inspirés du Gamelan indonésien. Dans ses performances, certains de ces instruments sont automatisés à l’aide de moteurs, tandis que d’autres sont bouclés ou granularisés, servant de base au jeu rythmique et cyclique que Toni Caillou improvise, avec parfois la participation complice du public. Musicien et artiste sonore basé à Rennes, co-fondateur du label Editentités et du collectif d’artistes radiophoniques Ondorphine, Antoine Le Dreff est également actif musicalement sous le nom de René Danger.
Projet de résidence
« Pourquoi dans le langage du malheur c’est toujours la tuile qui tombe, jamais l’ardoise ? Parce que je porte bonheur, répond l’ardoise de sa voix craquante et têtue de sa voix chaude et frileuse. » écrit Jacques Prévert. En 2025, inspiré par la voix craquante et têtue de l’ardoise, Toni Caillou a entrepris la construction d’un ensemble d’instruments électro-acoustiques inspirés du Gamelan indonésien, des lithophones fait d’ardoises, de schistes et d’autres pierres ramassées dans sa région de l’Ouest de la France. Après cette première année d’expérimentation et d’improvisation, il ressent le besoin de composer de nouvelles pièces, explorant plus profondément le dialogue entre ses lithophones et le timbre analogique de voix de synthèses, produisant pulsations, battements acoustiques, bourdons et motifs imbriqués. Les instruments rares et historiques de Willem Twee Studios ouvrent ainsi un nouveau champ de possibilités sonores pour ce projet. Cette résidence est aussi l’opportunité pour Toni Caillou de rencontrer des ensembles et de Gamelan et des musicien·nes pour comparer leurs sons et accordages. En effet, les Pays-Bas sont historiquement liés à ces instruments et cette musique à cause de son passé colonial en Indonésie. En utilisant ses instruments fabriqués à partir de la matière géologique de l’ouest de la France dans un projet qui explore les liens culturels et post-coloniaux entre l’Indonésie et les Pays-Bas, il espère créer de nouveaux ponts sensibles et créatifs entre les deux pays.
Qu’est-ce qui a motivé votre candidature au programme du Nouveau Grand Tour NL, et en particulier à cette résidence aux Willem Twee Studios ? Quelles sont vos attentes de cette immersion aux Pays-Bas ?
Je pense que ce qui m’attirait en premier lieu, c’était l’opportunité de travailler dans un studio aussi unique que celui de Willem Twee Studios, avec un parc de synthétiseurs que j’avais toujours rêvé d’utiliser un jour.

© Lina FARIK – Institut français NL
Je connaissais peu les Pays-Bas avant de venir ici (et je pense que je les connais encore très mal), donc je venais sans attente particulière, si ce n’est l’envie de me confronter à une culture différente de la mienne et de faire de nouvelles rencontres humaines et artistiques.

Par ailleurs, étant donné que je travaille avec des instruments que j’ai construits en m’inspirant du gamelan indonésien, et au regard de l’histoire coloniale des Pays-Bas en Indonésie, cette résidence représentait, pour moi, une occasion de me rapprocher de la culture indonésienne et de cette musique, davantage jouée et appréciée aux Pays-Bas qu’en France, où elle reste très méconnue.
Après plusieurs semaines de résidence, votre projet de recherche et de création a-t-il évolué ?
J’avais bien sûr une idée préconçue des sons que je souhaitais obtenir et du matériel des Willem Twee Studios que j’utiliserais pour cela. Mais je me rends compte que j’ai la chance d’avoir suffisamment de temps devant moi pour découvrir des instruments que je n’avais pas envisagés, pour emprunter des chemins de traverse et tester de nouvelles choses, de nouveaux patchs, de nouveaux sons. Ceux-ci ne sont pas toujours intéressants, mais ils me font rebondir vers de nouvelles idées ou de nouvelles envies. Je reste donc curieux et ouvert à de nouvelles surprises pour les jours qui me restent, car je n’ai fait qu’effleurer les possibilités sonores offertes par Willem Twee Studios.
Pouvez-vous revenir sur votre pratique musicale, et plus particulièrement sur votre travail autour des instruments de pierre ?
Mon projet Toni Caillou a commencé à prendre forme en 2024. Auparavant, je tournais surtout avec mon autre projet, René Danger, qui reprend notamment le répertoire breton traditionnel, et j’avais envie d’explorer un territoire d’une autre manière, directement par la matière sonore de son sol et de son sous-sol.
De janvier à juin 2025, j’étais en résidence avec les Ateliers Médicis dans une école du Maine-et-Loire, qui est historiquement la principale région d’extraction de l’ardoise en France. J’ai alors fabriqué un ensemble de lithophones, des instruments en ardoise inspirés du gamelan indonésien, pour animer des ateliers avec les enfants, mais aussi pour les jouer en solo lors de mes concerts.

Ces instruments continuent à remplir ces deux fonctions, puisque je performe avec eux en tant que Toni Caillou et que je collabore régulièrement avec l’association Musique Brute à Angers pour animer des ateliers dans des structures médico-sociales.
L’un de ces lithophones est électromécanique, je peux donc le contrôler par ordinateur. Il m’accompagne ainsi en concert. J’ai également un ensemble de petites cloches en ardoise que je distribue parfois au public lors de mes performances. Ce sont des concerts assez contemplatifs, basés sur l’improvisation, et c’est assez libérateur à jouer pour moi.

En quoi cette résidence aux Pays-Bas contribue-t-elle à nourrir et à faire évoluer votre pratique artistique ?
La résidence est toujours un temps à part, coupé du quotidien et entièrement consacré à la recherche artistique. Je passe beaucoup de temps au studio à tester de nouvelles choses et à enregistrer mes expérimentations, et il n’est pas toujours facile de prendre du recul sur ses propres recherches. Je pense que je ne saisirai l’impact de cette résidence sur mon projet artistique qu’une fois rentré en France.
Au cours de votre séjour, quelles rencontres, œuvres ou institutions ont particulièrement marqué votre parcours ?
Il y a deux semaines, j’ai eu la chance d’être invité à une rencontre professionnelle dans le cadre du Rewire Festival à La Haye, organisée par iii, une association artistique travaillant sur les liens entre arts et sciences. Cette journée a été très enrichissante, et a permis de rencontrer des artistes, de voir et d’entendre des installations fascinantes.
Dimanche dernier, j’étais à Amsterdam pour un concert de Gong Tirta, un ensemble de gamelan balinais contemporain, qui a lieu à la Gamelan Huis, une institution importante pour le gamelan aux Pays-Bas. J’ai aussi visité l’exposition « Eye(s) Open » au Eye Filmmuseum, qui a invité dix artistes à travailler à partir de leurs archives de films coloniaux au Suriname et en Indonésie.
Quels types de dialogues ou de collaborations souhaiteriez-vous développer entre la scène néerlandaise et votre pratique artistique ?
Lors de cette résidence, j’ai découvert de nouvelles œuvres, que ce soient des installations ou des compositions, que je garde en moi et qui vont continuer à nourrir ma pratique dans le futur. Je serais heureux de revenir aux Pays-Bas pour jouer et restituer ainsi au public néerlandais les liens que j’ai construits pendant cette résidence.
Quelles perspectives envisagez-vous à l’issue de cette résidence, et comment comptez-vous prolonger le projet engagé dans ce cadre ?
Mes recherches vont servir très concrètement dès la fin de ma résidence en s’intégrant dans mes performances, pour une série de concerts au mois de mai 2026 :
- Bruxelles le 1er mai 2026
- Rennes le 15 mai 2026
- Kerminy le 17 mai 2026
- Angoulême le 23 mai 2026
- Marseille le 29 mai 2026
J’aimerais également rassembler toutes les nouvelles compositions que j’ai pu enregistrer pendant la résidence dans un futur album.




