Biographie et projet de résidence

© Anne Guerain
1er avril au 30 juin 2026
Biographie
Tamsir Soumaré est un artiste plasticien qui travaille principalement avec la peinture et le dessin numérique, mais aussi avec la vidéo, le son et la performance. Son travail aborde des thèmes comme la mémoire, l’afrofuturisme, l’identité et la noirité. Sa pratique est basée sur la recherche. Avant de commencer une peinture, il lit, mène ses recherches dans des fonds d’archives et rassemble des images. Une partie importante de son travail provient des photographies de famille, qu’il transforme ensuite grâce au dessin numérique et à la peinture, en leur donnant une dimension imaginaire et spéculative. À travers ce processus, il créé des images, des mythologies et des narratifs personnels.
Projet de résidence
Pour Brutus, Tamsir souhaite développer un projet qui se concentre sur la post-colonialité et les relations entre la mémoire collective française, l’afrofuturisme et la propre histoire des Pays-Bas. Il s’intéresse à la manière dont ces histoires s’entrelacent et continuent de façonner les identités contemporaines. Pour ce projet, la collaboration est essentielle. Tamsir souhaite partir à la rencontre de personnes concernées, peindre leurs portraits et recueillir leurs témoignages, en se concentrant plus particulièrement sur leur rapport à la noirité et à la mémoire personnelle. Ces témoignages ne sont pas seulement des matériaux documentaires : ils deviennent des points de départ pour des peintures et des dessins numériques, auxquels l’artiste ajoute ses propres couches mythologiques et spéculatives. Dans de précédents travaux en France, Tamsir faisait poser ses ami·es ou des personnes proches. Pour le projet que Tamsir souhaite développer à Rotterdam, il veut élargir cette démarche en travaillant avec des personnes issues de différents horizons, en collectant des récits, des images et des expériences qui nourriront à la fois les dimensions visuelles et conceptuelles de son travail. La résidence BRUTUS revêt une importance particulière pour lui en raison de son fort accent expérimental tout comme l’ancrage à Rotterdam, une ville historiquement liée aux routes commerciales et à l’histoire transatlantique de l’esclavage. Tamsir voit cette résidence comme une opportunité d’approfondir ses recherches et de poursuivre ses expérimentations en dessin numérique et en peinture.
Qu’est-ce qui a motivé votre candidature au programme du Nouveau Grand Tour NL, et en particulier à cette résidence à Brutus ? Quelles sont vos attentes de cette immersion aux Pays-Bas ?
« J’ai candidaté au Nouveau Grand Tour NL pour trouver un nouveau terrain d’exploration pour mes dessins et mes peintures. Mon travail porte sur la mémoire, les mythologies et l’histoire postcoloniale. Au départ, je voulais travailler directement à partir d’archives locales, notamment de documents provenant de Rotterdam et susceptibles d’entrer en résonance avec mes recherches sur l’afrofuturisme, le Winti, ainsi que sur les liens historiques étroits entre les Pays-Bas et la France à travers les échanges liés à la traite transatlantique. Finalement, la temporalité de la résidence m’a conduite à faire évoluer cette approche : plutôt que de travailler directement à partir des archives, j’ai choisi de me concentrer sur l’afrofuturisme et le Winti, et d’explorer plus précisément la manière dont ces notions peuvent éclairer les questions de mémoire et d’histoire postcoloniale. »

Après plusieurs semaines de résidence, votre projet de recherche et de création a-t-il évolué ?
« Le projet évolue petit à petit, cette immersion dans la culture et l’histoire néerlandaise m’a permis d’approfondir mes sujets de peinture. J’ai trouvé une nouvelle source d’inspiration : le Winti, une religion afro-surinamaise avec une histoire et des croyances très riches. De nombreux·ses artistes contemporain·es à Rotterdam développent un travail en lien avec le Surinam. C’est le cas de Jaasir Linger, qui mène une démarche pluridisciplinaire très engagée, que j’ai pu découvrir à TENT Rotterdam dans le cadre du Dolf Henkes Prize. Par ailleurs, pour aborder la richesse du Winti, il est difficile de ne pas citer Édouard Glissant, dont j’ai découvert les travaux sur la créolisation, cette rencontre fulgurante de plusieurs cultures qui se transforment mutuellement pour créer une réalité inattendue. Dans ma propre démarche, mon processus créatif s’appuie aussi sur cette idée d’associer des sources et des références visuelles disparates pour obtenir, par la peinture, un résultat inattendu.
Le Winti est d’une immense richesse, avec son Dieu suprême, Anana Kedyaman Kedyanpon, son panthéon d’esprits liés à la nature et aux ancêtres, et sa recherche d’harmonie. Il faut rappeler qu’il a été diabolisé et interdit au Suriname jusqu’en 1970 par le code pénal colonial néerlandais. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas, et certaines de mes peintures imaginent précisément à quoi pourrait ressembler un panthéon Winti contemporain. »
Cette vidéo présentée par IMPAKT offre un éclairage sur le Winti, une tradition spirituelle afro-surinamaise qui s’exprime à travers la musique, le mouvement et la transmission orale. À travers les chants, les rythmes et les récits de Jaasir Linger, Warimbo Krioro et Marian Markelo, elle explore la manière dont cette pratique préserve des mémoires ancestrales, des histoires liées à la diaspora surinamaise et des relations sensibles entre passé et présent.
En quoi le déplacement et l’immersion aux Pays-Bas nourrissent-ils votre recherche artistique et le développement de votre réseau professionnel ?
» Cette expérience m’apporte beaucoup, à la fois dans mon travail artistique et dans la construction de mon réseau professionnel. Dès mon arrivée à Rotterdam, j’ai rencontré des artistes et des curateur·ices dont Edward Akintola Hubbard (Akin), curateur, chercheur, membre du cercle du IMPAKT Festival et Isaiah Lopaz, artiste transdisciplinaire dont le travail s’articule autour du collage, de la photographie, du texte et de la performance. Leurs recherches entrent en résonance avec les miennes, créant des échanges stimulants autour de pratiques et de questionnements communs. Grâce à ces rencontres, j’ai pu visiter l’IMPAKT Festival à Utrecht. Ce grand rendez-vous annuel m’a permis de mieux comprendre la scène artistique locale et ses différent·es acteur·ices. J’ai notamment eu l’occasion de tisser des liens plus étroits avec Isaiah, qui pourrait également devenir un partenaire de travail. D’ailleurs, j’ai participé à l’un de ses workshops, Black Visual Grammar, à Rotterdam, dont la thématique était la diaspora. Les liens que j’ai tissés ici me seront très utiles pour la suite de mon parcours. »
Avec Techno-Ancestrality, le Festival IMPAKT 2026 se tourne vers les savoirs ancestraux comme une source d’inspiration essentielle pour imaginer des approches alternatives de la technologie. Pendant cinq jours, le festival proposera des performances, des expositions, des films et des conversations autour de la puissance des savoirs traditionnels dans un monde guidé par l’innovation.
– IMPAKT Festival – Techno-Ancestrality
Quels lieux artistiques, festivals, institutions culturelles, artistes ou professionnel·les de l’art aux Pays-Bas vous inspirent et contribuent au développement de votre projet ?
« La scène artistique aux Pays-Bas est une véritable source d’inspiration. En plus de l’IMPAKT Festival, ma visite au Museum of Black Futures à Arnhem a été une expérience marquante. Ça m’a particulièrement marquée par les thématiques abordées lors des performances, lourdes de sens et d’émotions, comme celle de Pink Zombie, un·e artiste pluridisciplinaire, non-binaire basé·e entre Amsterdam et Paris, dont la performance défie les normes en jouant sur les contrastes entre surréalisme et rébellion. »

The Museum of Black Futures est un projet artistique qui repense le rôle du musée à travers les mémoires, les récits et les imaginaires des communautés noires. À la croisée de l’art, de l’archive et de la transmission, il explore comment les histoires du passé peuvent devenir des points de départ pour imaginer de nouveaux futurs. Le projet propose ainsi un espace vivant où se rencontrent héritages, créations contemporaines et visions alternatives de l’avenir.
– Contemporary And (C&) – The Museum of Black Futures

« J’y ai découvert Horror aan de Rijn (« Horror sur le Rhin »), une performance pluridisciplinaire du Museum of Black Futures, imaginée par Richard Kofi et présentée au Theater aan de Rijn dans le cadre du Black Achievement Month. Porté par des artistes de mon réseau qui y performaient, ce projet mêlait théâtre, performance, musique et arts visuels dans une approche profondément immersive.
Cette performance parlait de notre monde actuel par rapport au passé, et elle mettait en avant la mémoire des enfants métisses et noirs déportés par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Ce lieu et ce genre de projets résonnent beaucoup avec mes propres recherches. Comme l’écrit Richard Kofi, fondateur du Museum of Black Futures, publié sur son site officiel, 2026,

Quels liens souhaitez-vous développer à long terme avec l’écosystème culturel néerlandais ?
« Je considère les Pays-Bas comme un territoire particulièrement dynamique et stimulant pour les artistes, tant dans les arts visuels que dans les autres disciplines. Cette résidence m’a permis de créer des liens précieux avec des artistes, des commissaires d’exposition et des professionnel·les de la culture. À l’avenir, je souhaite entretenir et développer ces relations afin de construire des collaborations durables, exposer mon travail aux Pays-Bas et nouer des partenariats avec des galeries, des institutions culturelles et d’autres acteur·ices de la scène artistique néerlandaise. »

Quelles sont vos perspectives à l’issue de cette résidence et comment souhaitez-vous prolonger ou valoriser cette expérience ?
« Cette résidence constitue une étape importante dans le développement de ma pratique artistique. Elle m’a permis d’approfondir mes recherches autour du Winti, des héritages postcoloniaux et des questions de mémoire, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de collaboration. À l’issue de cette expérience, je souhaite poursuivre ce travail de recherche et intégrer les œuvres réalisées aux Pays-Bas dans mes prochaine expositions. Mon objectif est également de consolider les liens tissés avec les artistes, commissaires d’exposition et institutions rencontrés afin de développer de futurs projets artistiques, tant aux Pays-Bas qu’à l’international ».
Actualités de l’artiste :
- Tamsir Soumaré est l’un des lauréats de la Résidence Soudain 2026, un programme de résidences artistiques en milieu rural mené en Normandie par l’association RN13bis, en partenariat avec la DRAC Normandie. Dans le cadre de cette résidence, il sera accueilli à Serqueux pendant trois semaines, durant lesquelles il donnera plusieurs workshops.







